La Statue de St Joseph dans l’église Tours-en-Savoie. (XIXe, carton-pierre)

En occident, c’est essentiellement à partir du XIIe siècle que se diffuse la dévotion à St Joseph, sous l’impulsion du grand St Bernard de Clairvaux. Au XVIe siècle, son culte est particulièrement promu par Ste Thérèse d’Avila. Mais c’est surtout au XIXe siècle, que vont se multiplier dans nos églises les représentations de St Joseph qui fait alors l’objet d’une véritable ferveur populaire, au point qu’en 1870, il déclaré patron de l’Eglise Universelle. A noter que traditionnellement, il est le patron de la bonne mort.

A Tours-en-Savoie, la statue que l’on voit aujourd’hui sur l’autel principal a été commandée tout spécialement à Lyon, en 1856, par le prêtre de l’époque. Il n’a pas les moyens, semble-t-il, d’une statue en pierre (ce n’est d’ailleurs par la tradition dans notre vallée), ni d’une statue en bois. Par ailleurs, les statues sulpiciennes que l’on commande sur catalogue ne vont connaitre véritablement le plein succès qu’à partir du dernier quart du XIXe siècle. Il va alors choisir un matériau que le grand public de ce XXIe siècle a oublié : le carton-pierre.

Voici ce qu’en dit une spécialiste, Elise Rachez : « Cette technique consiste à mélanger des fibres végétales et animales avec des charges minérales, comme la craie, le plâtre ou l'argile, le tout additionné de colle animale, de résine ou d'huile de lin. Ce type de fabrication peut atteindre la dureté et la solidité de la pierre. Cette recette est connue en France au XVIIIe et XIXe siècles sous l'appellation de carton pierre, en Allemagne dans le konversationslexicon de Pierer de 1892 sous le mot de Pappe. Cependant on connaît depuis 1991 une œuvre datant du XVIe siècle appartenant à cette catégorie : la Madone à l'Enfant de Jacopo Sansovino conservé à Berlin. »

Il semblerait qu’il y ait eu deux techniques : soit en garnissant un mannequin grossier d’étoffes chargées d’enduit, soit en se servant d’un moule. Dans les deux cas, les finitions se faisaient à la main, et les statues, bien qu’assez stéréotypées, étaient des œuvres uniques qui souvent restaient dans le style baroque des siècles précédents. Elles étaient dorées à la feuille, l’effet obtenu était celui du bois doré.

Le St Joseph de Tours est livré en octobre 1856. Il a été spécialement réalisé par l’entreprise Fayeton de Lyon qui est à la fois fabrique d’ornement d’église et atelier de dessin, peinture et sculpture. Dans un courrier échangé avec le prêtre, Mme Fayeton précise que c’est « une statue en carton pierre, 1ère qualité comme matière, et supérieur comme travail, j’ose dire comme on n’en trouve pas à Lyon chez les confrères… ».

Ce sont des recherches dans les archives paroissiales de Tours, en cours de classement, qui ont permis de découvrir l’histoire de ce St Joseph.